Association des Centres dramatiques nationaux

Association des Centres dramatiques nationaux - L'ACDN coordonne le réseau des 38 Centres dramatiques nationaux

Le partage de l’Art en acte

On se souvient du jour où on remplaça dans les DRAC la notion de création par celle de production, avec la double conséquence sémantique de réduire le travail artistique à un produit fini et d’axer son évaluation sur son montage financier et son amortissement dans la durée. Réduire le processus de création à la réalisation d’un produit sous-entendu fini a été une défaite de la pensée.

Séparer les problématiques de la création d’une œuvre (production) de sa relation aux publics (diffusion) en a été une autre, tout aussi dommageable.

Ces mouvements sémantiques sont désormais usités et acceptés par tou.te.s comme une réalité en soi, réalité abstraite qui ne correspond pas à grand-chose dans la réalité beaucoup plus large de nos missions.

 

À LA COMÉDIE DE CAEN…


Parmi les différentes activités de la Comédie de Caen/ CDN de Normandie il nous semble important de signaler comme singularité le travail que nous mettons en place depuis notre arrivée en 2015 autour de la création avec l’international.
Voici un bref descriptif :
Le Pôle International de Production de la Comédie de Caen-CDN de Normandie a pour enjeu de favoriser la coopération, la mobilité et le croisement des artistes régionaux, français et étrangers dans un souci d’enrichissement mutuel. Il produit des effets économiques démultiplicateurs, en apportant des recettes de coproduction et de ventes de spectacles, et développent des coopérations à long terme avec des partenaires à l’étranger
Ce travail se traduit par des résidences de création d’artistes étrangers en France et d’artistes français à l’international ; des productions déléguées mêlant des logiques de production, diffusion et formation ; par la circulation de créations dans plusieurs pays avec des versions en langue locale et enfin a traduction et la publication d’auteurs français à l’étranger et la circulation d’auteurs étrangers en France.
Cette activité est soutenue par les Villes de Caen et Hérouville St. Clair, la Région Normandie et a reçu le label du pôle de production Européen du Ministère de la Culture.
Avec la participation de plus d’une dizaine de pays depuis sa mise en place :
Teatro Stabile de Genova (Italie)
Teatro Nacional Cervantes (Argentine)
Teatro Stabile de Udine (Italie)
Théâtre National de Lisbonne (Portugal)
Théâtre de Liège (Belgique)
Teatro Espagnol de Madrid (Espagne)
Théâtre National de Stockholm –Dramaten (Suède)
Festival des Récréatrales de Ouagadougou (Burkina Faso)
Escuela de teatro de Sante Cruz de la Sierre (Bolivie)
Marcial Di Fonzo Bo▪

La vie d’une œuvre commence bien avant sa première représentation et se développe ensuite à travers des chemins qui échappent à la notion unique de vente et achat de spectacles, de taux de fréquentation et de remplissage des salles. Bien sûr il est important que les œuvres circulent dans les réseaux de diffusion, dans d’autres salles de spectacles, dans d’autres villes, afin de rencontrer des publics nouveaux.


La rencontre d’une œuvre avec le public ne trouve pas sa résolution unique dans les réseaux de diffusion classique. Elle existe tout autant quand on joue dans les espaces publics par exemple, dans des salles non dédiées en zone rurale, chez l’habitant.e, ou dans des structures autonomes fabriquées tout exprès.


Beaucoup de manières de faire se rencontrer l’œuvre avec les publics vont à l’encontre des notions de rentabilité, de retours sur investissement. La création d’une œuvre avec de l’argent public ne peut pas avoir comme objectif que sa diffusion compense son coût de production. Tant mieux si c’est le cas, mais cela ne peut pas être l’objet de notre mission de service public. On crée une œuvre avec de l’argent public pour qu’elle rencontre des gens qui n’y auraient pas accès sans cela. C’est une des missions principales du théâtre public.

À LA COMÉDIE POITOU-CHARENTES…


La Comédie Poitou-Charentes, CDN sans salle de représentation, a une mission toute particulière d’irrigation du territoire rural en propositions artistiques.
Elle a choisi de s’emparer de cette mission en inventant des actions culturelles comme le dispositif nommé Les Petites saisons. C’est un projet pluridisciplinaire initié par la Comédie en 2015, qui investit les territoires ruraux où l’offre culturelle est rare. Il est porteur de lien social entre les habitants et les artistes. La Comédie propose différents rendez-vous dans l’année autour du théâtre, de la musique, des arts de rue et de la danse, accompagnés d’actions de médiation, notamment en milieu scolaire. Pour sa réalisation, la Comédie s’associe à d’autres centres de création de la région, des structures œuvrant dans différents champs artistiques, tout en s’appuyant sur un partenaire ancré dans un territoire. Ainsi, pour la seconde année consécutive, la Comédie collaborera avec l’EPCC de l’Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe et Vallée des Fresques, ce qui permet de mettre en lumière le patrimoine oral et architectural du Poitou. Elle poursuit également son association avec un établissement scolaire, le collège Arsène Lambert à Lencloître dans la Vienne. C’est adossée à ces deux structures très différentes l’une de l’autre que la Comédie structure les propositions artistiques de la saison à venir. ▪

Ainsi, la rencontre orchestrée autour d’une œuvre, le partage de la pratique artistique auprès de publics non-professionnels, ne sont pas des activités à part, mais sont bien le prolongement de l’œuvre artistique en train de se faire, se construire, se réfléchir, se nourrir, se représenter.
Les CDN expérimentent continuellement ce développement multiple de l’œuvre dans le temps et sur un territoire. C’est ainsi que nous allons dans les prisons, les hôpitaux, les écoles, les maisons de retraite, les centres d’hébergements...

C’est ainsi également que nous repensons les modes d’ouvertures de nos lieux, pour qu’ils vivent et soient habités autrement, par des publics qui les investissent en amont et en aval des représentations, dans une relation prolongée avec le travail artistique et l’œuvre elle-même.

À LA COMÉDIE DE BÉTHUNE…


Pendant les répétitions de L’Autre Fille — un texte d’Annie Ernaux que nous avons créé à la Comédie de Béthune à l’automne 2017 — une fois par semaine, nous accueillons un groupe de spectateurs à qui nous proposons de plonger dans la proximité avec la comédienne Cécile Gérard. Et d’explorer le partage du processus de création.
Ils arrivent. Ils sont intimidés, n’osent pas entrer dans l’espace quadrifrontal. Entrez dans ce drôle d’endroit, posez-vous dedans, pas sur les bancs autour mais dedans, sur le plateau, allez-y, n’ayez pas peur. Nous allons travailler ensemble l’entrée du spectacle. Essayons d’abord l’entrée de l’actrice alors que le public est installé, la version « classique ». Puis une autre version : l’entrée du public alors que l’actrice est déjà là, en jeu, en présence plutôt. Je les questionne sur leur ressenti. Les réponses sont de nature sensorielle. « Je suis dedans, avec elle ». « Ça fait tout drôle, j’ai peur et en même temps c’est délicieux, je sens que je fais partie de quelque chose ». On reprend, on prolonge l’hypothèse qui nous semble la plus juste, à tous, actrice, spectateurs, assistante et moi.
Cécile est debout derrière une chaise. La voilà qui parle dans l’oreille la plus proche. Comme à travers le chas d’une aiguille. Un murmure, presque. « N’avez-vous pas envie de vous retourner pour regarder Cécile ? — Non, je suis bien ainsi. Je sens bien que c’est à moi qu’elle parle. » « Et les autres, vous sentez-vous concernés par la parole de Cécile ? — Oui, tout à fait. On n’a pas besoin qu’elle nous regarde. On est avec elle, on écoute. » Un moment suspendu où dix personnes sont réunies à observer les effets d’une phrase prononcée près d’une oreille.
La conscience de faire partie d’une assemblée de 90 personnes est très présente : tout le groupe pense un point de vue collectif, complexe en raison de la scénographie. Lola Naymark, mon assistante, titille les uns et les autres pour recueillir d’éventuelles envies d’écrire, des témoignages, des compte-rendus.
Quelques semaines plus tard, c’est la première. Nos spectateurs sont là, évidemment. La plupart d’entre eux verront deux, trois voire quatre fois L’Autre Fille dans d’autres circonstances. Accrochés, curieux de suivre la maturation du jeu de Cécile, mais aussi fiers d’en parler avec ceux qui découvrent le spectacle. Témoins privilégiés ? Oui, et plus que ça : participants et dépositaires.
Ces rendez-vous avec les spectateurs sont des espaces d’imaginaire partagé. Pour eux, la promesse et la réalité de participer à la création en train de se faire. Et pour nous, la possibilité d’essayer des voies de travail, d’anticiper sur les conditions de la représentation. À la présence de ces sept spectateurs j’ai lié l’écriture de la mise en scène. Naturellement. Leur regard a nourri mon travail et celui de toute l’équipe. J’ai très envie de poursuivre car je crois que nous touchons à de juste et d’innovant dans ce partage des processus de création : une attitude contemporaine du travail artistique plus horizontale, qui floute la lisière entre ceux qui font le théâtre et ceux qui le regardent au profit d’une approche différente de l’appropriation de l’œuvre. Et de l’expérience d’être spectateur.
Cécile Backès ▪

Toute création pense la relation à un public. Il n’existe pas d’œuvre qui n’interroge pas cette rencontre. Cela ne signifie pas pour autant que l’ œuvre est produite a priori pour un public défini, mais qu’au cœur du travail de l’artiste est la pensée de la mise en présence de l’œuvre avec le spectateur.
Envisager toutes ces formes de rencontres comme séparées du travail artistique c’est cantonner l’artiste à l’action culturelle et, plus grave, priver le public de la richesse véritable et unique de ces rencontres et pratiques partagées.
C’est grâce à cette richesse que nous sommes curieux.ses et désireux.ses de toutes les rencontres, avec toutes les populations. Par le mouvement, le déplacement que provoque la confrontation avec des univers sociaux, culturels multiples, des histoires et expériences humaines différentes, qui nous ouvrent l’imaginaire, qui font voler en éclat les référents communément partagés, les pré-conçus, les a-priori, qui permettent donc de mettre en œuvre une vision du monde autre que celle convenue et communément partagée.

À LA COMÉDIE DE VALENCE…


Depuis 2013, les Controverses de La Comédie de Valence articulent création et transmission artistique sur tous les territoires du CDN.
Chaque saison, commande est passée à des duos écriture-mise en scène de deux créations pour le jeune public sur un thème qui agite la société : trouble dans le genre, génocide arménien, harcèlement scolaire, théories du complot, réseaux sociaux, domination masculine... Les Controverses aiguisent le sens critique des jeunes générations en même temps qu’elles les initient aux pratiques de spectateur, d’écriture et de jeu.
Des résidences de création et de transmission ont lieu dans des collèges implantés en milieu rural et dans les quartiers prioritaires. Les classes qui ont bénéficié d’ateliers avec les artistes dans ce cadre découvrent la création avec les abonnés et le public familial du CDN (plus de 4.000 spectatrices et spectateurs chaque saison). Chaque représentation (jusqu’à cinquante chaque saison) est précédée d’ateliers en journée et suivie d’un débat à vif.
Avec son programme de pratique artistique, une des Controverses est diffusée en Comédie itinérante dans une vingtaine de lieux des territoires (communes rurales de Drôme et d’Ardèche, quartiers prioritaires, structures médico-sociales, maison d’arrêt) en partenariat étroit avec les parties prenantes. Cinq des textes commandés ont été publiés et ces productions, volontiers confiées à des équipes émergentes, font maintenant l’objet de tournées nationales. ▪


AU THÉÂTRE NATIONAL DE NICE…


À mon arrivée à la direction du TNN, j’ai créé un festival Shakespeare - Festival Shake Nice !- unique en France au sein d’un CDN et dont la plus précieuse particularité est le projet pédagogique « Shakespeare Freestyle ! ». J’ai en effet souhaité associer la jeunesse à un parcours de création autour de William Shakespeare et développer un accompagnement artistique de qualité.
Autour de cet auteur peu étudié dans les établissements scolaires, ce projet permet de rassembler plusieurs établissements issus de territoires très divers autour d’un projet artistique et culturel commun. En tout une douzaine d’établissements sont choisis pour y participer ; sont représentés les lycées professionnels, les établissements spécialisés, les collèges des quartiers prioritaires et des écoles internationales privilégiées.
Mes Éclaireurs, jeune troupe de comédiens, accompagnent les élèves et les professeurs dans les établissements pendant plusieurs mois jusqu’à la représentation finale. Ils préparent ensemble un extrait de 20 minutes d’une pièce choisie par l’enseignant et présenté au public pendant le festival Shake Nice !
Pendant les deux jours de présentation, l’esprit populaire élisabethain du Globe Theatre s’empare de la grande salle du TNN : la salle est comble et l’émotion est palpable.
Les parents de tous les milieux, de toutes les origines et de toutes les religions se côtoient dans la salle. Les familles sont toutes réunies autour du commun plaisir, celui de voir leurs enfants s’envoler sur les ailes de Shakespeare.
Depuis 4 ans, les retours sont à chaque fois extraordinaires. On assiste à des miracles de transformation chez des élèves timides et en difficulté, à des moments magiques entre les élèves enchantés de participer à une aventure où se mêle le pur plaisir de jouer ensemble et la fierté valorisante de se retrouver sur la plus grande scène de Nice.
« Shakespeare freestyle ! » est un projet innovant et audacieux car il met en avant un des plus grands auteurs du monde, qui peut sembler aussi un des plus inaccessibles, mais qui au contraire rassemble en menant les jeunes vers un humanisme unique et du plus haut niveau. Les thèmes de Shakespeare sont d’une telle universalité et d’une telle humanité que son langage nourrit chaque jeune qui le parle, certains élèves (souvent des écoles des quartiers difficiles) réussissent même à se l’approprier en anglais.
Chaque année, un moment de magie !
« Nous sommes de cette étoffe dont les rêves sont faits… » ▪

Irina Brook

C’est pour cela que la rencontre avec les exilé.e.s nous est riche et précieuse, tant est riche et précieuse l’histoire qu’ils et elles portent et la part d’humanité qu’ils et elles éclairent en nous. Tout ce qui peut faire sens, donner sens, matière à faire récit du monde tel qu’il est et non tel qu’on nous le dépeint à gros traits, est pour nous objet de bouleversement et de pensée.

Or tous ces moments de rencontres artistiques sont rangés dans d’autres cases nommées, au gré des modes et des périodes, action culturelle, éducation artistique, action artistique, EAC (éducation artistique et culturelle), transmission, formation etc. et forment deux lignes budgétaires distinctes : le 131 (création et diffusion) et le 224 (action culturelle). Ainsi les artistes sont tenus de séparer de façon arbitraire, pour correspondre aux cases de l’administration, deux entités qui n’en font qu’une, qui ne sont que les multiples déclinaisons du processus de création. Ainsi sont-ils considérés et déclarés par moments comme « artistes de plateau » et à d’autres comme « formateurs » et « animateurs ».

AU CENTRE DRAMATIQUE DE L’OCÉAN INDIEN…


Depuis 2017, le Centre dramatique de La Réunion est en pleine mutation, à la suite de la nomination d’une nouvelle direction et du déploiement de son projet, mais aussi de par sa reconfiguration logistique engagée en 2018 et qui redéfinit sa place au sein de la cité. Un seul dispositif pour deux entités - le Théâtre du Grand Marché (plateau de diffusion) et La Fabrik (lieu de fabrique) : un pied dans le centre-ville historique et un pied dans les quartiers, pour un grand écart qui ouvre l’amplitude des possibles et renouvelle sa relation aux publics dans une enrichissante et joyeuse confrontation entre culture de référence et culture populaire.
Mais ce Centre dramatique, unique théâtre labellisé des territoires ultramarins, souhaite aussi partager, avec une plus large partie de la population, de l’Ici comme de l’Ailleurs, la nature artistique et citoyenne de son projet. C’est pourquoi il met en œuvre le chantier du Mobil’Téat, structure de diffusion itinérante construite à partir d’un grand container, élément portuaire emblématique de la vie insulaire. Chargée par camion puis sur bateau, sur les routes des écarts de l’ile de La Réunion et vers les ports de Calcutta, de Cape Town ou en accostant dans le port du Havre, le Centre dramatique de l’océan Indien souhaite s’emparer de cette «grosse caisse à théâtre» pour faire résonner la singularité du théâtre transculturel d’outre-mer qu’il contribue à créer. ▪

La rencontre orchestrée autour d’une œuvre, le partage de la pratique artistique auprès de publics non-professionnels, ne sont pas des activités à part, mais sont bien le prolongement de l’œuvre artistique en train de se faire, se construire, se réfléchir, se nourrir, se représenter. La rencontre de l’autre autour du matériau artistique est un moment de partage du sensible. Elle doit faire bouger quelque chose autant chez l’artiste que chez celle ou celui qu’il rencontre, quel qu’il soit et non faire œuvre de missionariat culturel ou social.

AU PRÉAU CDN NORMANDIE VIRE…


Notre projet d’un festival adressé aux adolescents était présent dans notre dossier de candidature en 2008. Il nous paraissait important de prendre en compte cet âge de façon spécifique sans l’infantiliser ou le réduire mais en assumant sa singularité et ses envies ou non envies (!) face au théâtre. Nous ne voulions pas reproduire ce qui existe déjà, des représentations dans le cadre scolaire, mais s’appuyer sur ce cadre scolaire pour rencontrer les adolescents et leur donner envie de s’emparer du théâtre, du bâtiment, des métiers qui s’y trouvent représentés, la technique, la communication, les relations avec le public et bien sûr, du plateau, les auteurs, acteurs, metteurs en scène, scénographes…
Ateliers gratuits tout au long de l’année, comité de pilotage le mercredi après-midi, création avec jeunes au plateau, scènes ouvertes, accueil des compagnies par des jeunes… tout au long de l’année et plus particulièrement pendant le festival nous les accompagnons, nous tentons de faire naître leur désir de théâtre, leur curiosité artistique, de les rendre autonome dans leur relation à l’art et au théâtre.
En dix ans, certains de ces jeunes sont devenus relations publiques, d’autres ont intégré des Écoles supérieurs d’Art dramatique, CNSAD, ENSATT, ESAD, ERAC, École de la Comédie de Saint Etienne, d’autres sont des spectateurs assidus, d’autres en ont gardé de bons souvenirs.
En dix ans, d’autres Centres dramatiques se sont inspirés de cette aventure pour inventer sur leur territoire un dispositif approchant et nous nous en réjouissons.
Pauline Sales et Vincent Garanger ▪

Et si ces rencontres apportent autant de richesses à des enfants, des adultes, des jeunes, des personnes très âgées, qu’à nous, artistes, si elles sont un échange véritable, si elles donnent du sens, permettent de voir le monde autrement, dans toute sa richesse et sa complexité, c’est parce qu’elles sont mues par la confiance que nous avons en l’intelligence de chacune et chacun, en la capacité d’émancipation de l’esprit humain, et en la force du partage de l’Art en acte.

AUX TRÉTEAUX DE FRANCE…


Création, transmission, formation et éducation populaire co-agissent dans le projet des Tréteaux de France. Le Centre dramatique national crée les œuvres dramatiques de toutes tailles et de toutes formes, politiques et populaires pour faire et faire faire du théâtre dans toute la France.

Extraits de récits de terrains envoyés par les artistes des Tréteaux de France :
«Nous sommes arrivés à Etauliers (1 500 habitants), pour jouer le spectacle dimanche après-midi dans le cadre du festival. Bord plateau à suivre, nombreux. Lundi, Yves et Jeanne ont passé la journée avec des collégiens : lecture-valise le matin suivie d’un temps d’échange, puis ateliers de pratique l’après-midi, pour lesquels ils ont été rejoints par Julien, arrivé de Pantin. Cette journée s’est achevée par une émission pour la radio locale et un atelier de pratique avec des amateurs . Le lendemain, le programme a été sensiblement le même, avec la représentation le soir dans l’accueillante salle des fêtes d’Etauliers. Le reste de la semaine s’est passé à Figeac (9 800 habitants) au même rythme. »
« Vendredi 11 : 140 enfants - 8 “groupes classe” - ont présenté des extraits de pièces dans une très grande salle comble. C’était merveilleux. Grumberg a vraiment inspiré tous les groupes, les enfants et les instits. Puis projection du Couperet le soir à Sainte-Livrade. J’ai présenté le film qui est vraiment dans nos thèmes : l’argent et le travail. »
« Le stage a commencé depuis exactement une semaine ! Il nous semble que nous sommes ici depuis un mois…! L’intensité de nos journées déforme notre perception du temps. Les stagiaires ont adopté le rythme, et l’émulation est perceptible. Les impros permettent d’écrire ensemble, et les stagiaires sont envoyés dans la ville pour récolter quelques anecdotes sur le magasin A, le plus grand vendeur de meubles de la région. Ce matin, 50 stagiaires en échauffement. On les retrouvera au complet pour un prologue à la restitution des ateliers. »
« Le travail pour préparer les formations des maîtres s’est beaucoup qualifié. Depuis mardi dernier ont été redécouverts et réinventés les mots : étrange, imaginer, eau, zéro, peau et émouvoir. Le théâtre prouve là toute son efficience. » ▪

AU TNBA…


Juin 2018: présentation de la prochaine saison au public, sur place pour les nombreuses associations avec lesquelles nous travaillons etc..et pendant ce temps le théâtre bruisse comme toujours de tous les croisements improbables dont nous sommes si fiers. Après la magnifique journée: « un pied à la scène » qui a fait se croiser les présentations des spectacles de l’atelier amateur, des lycéens et collégiens, des élèves d’hypokhâgne, de l’association des adolescents en difficulté. croisement bien sûr également de leurs publics respectifs voilà le jour ALIF. Un rituel auquel nous tenons beaucoup depuis des années. ALIF est une association qui enseigne le français à des enfants et adolescents primo-arrivants par le biais du théâtre.
Je parle de rituel car je mets un point d’honneur à ce que leur accueil au sein de l’institution soit une reconnaissance très officielle. Les parents de toutes nationalités ne s’y trompent d’ailleurs pas et leur émotion est palpable dans la salle. En coulisses le trac atteint des sommets; me voilà donc improvisant avec ces jeunes qui parlent 22 langues différentes un exercice de concentration, leur gravité et leur sérieux m’impressionnent. Depuis trois jours nos techniciens et tout le théâtre sont au service de leur travail, ils sont orgueilleux de cette reconnaissance et ont peur de ne pas être à la hauteur. Après les discours, le spectacle commence, la grande salle Vitez, pleine à craquer, connait rarement une telle ambiance, les vivas et les rires se répondent et peu à peu l’émotion prend le dessus. Le courage de ces jeunes dont certains échappés de la guerre sont orphelins, de cette jeune fille à la malformation de la hanche qu’elle ignore crânement, l’engagement si pur de tous imposent peu à peu un silence ému. Où, dans notre société du morcellement et de l’individualisme , pouvons-nous inventer ces communautés improbables ? où en dehors de nos subventions pouvons-nous proposer cette visibilité? Où en dehors de ces institutions reconnues et marquées du sceau de la légitimité républicaine pouvons-nous proposer une telle valorisation dans la cité ?
Nous sommes en cela je crois, très fidèles à l’esprit de la décentralisation et au rêve d’émancipation de ces grands pionniers. »
Catherine Marnas ▪

AU THÉÂTRE DES QUARTIERS D'IVRY...


Pendant deux week-ends, nous avons présenté le travail des Ateliers d’Ivry, ouverts en 1974 par Antoine Vitez.
13 ateliers amateurs, 5 ateliers pour les adultes et 8 ateliers pour les enfants et les adolescents, dirigés par 14 artistes : comédiens, metteurs en scène, chorégraphes…
Depuis plus de 40 ans ces ateliers ancrent profondément le théâtre à Ivry, par son enseignement et sa pratique.
L’Atelier Théâtral, c’est un chantier, un laboratoire de la vie.
Ici, on apprend à écouter la parole d’un auteur, à comprendre l’esprit qui anime cette parole. Ensuite on cherche à lui donner le corps, la voix, la vie.
Un jour, le public entre dans la salle. On lui dit, on partage avec lui ce qui a été défriché, déchiffré tout au long de l’année.
Ici, ce qu’on montre, ce n’est pas un spectacle. C’est la photographie d’une étape de la recherche. Une recherche qui ne s’arrête jamais puisqu’elle est l’apprentissage de la vie.
Elisabeth Chailloux ▪

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