Association des Centres dramatiques nationaux

Association des Centres dramatiques nationaux - L'ACDN coordonne le réseau des 38 Centres dramatiques nationaux

L'Art comme direction

Les Centres dramatiques nationaux ont ceci de particulier qu’ils sont des théâtres dirigés par des artistes. La création étant le cœur de ces maisons, les CDN sont devenus de formidables outils d’innovation qui permettent de renouveler sans cesse le champ de la création contemporaine et sa mise en relation avec toutes les populations de ce pays.

Rappelons que la fonction d’artiste-directeur·rice est historique, que la direction soit collégiale ou unique, depuis les chef·fe·s de troupe jusqu’aux directeur·rice·s de compagnies et aux collectifs aujourd’hui. Il est dans l’ADN des artistes de diriger les structures de création, c’est le garant de la liberté artistique, de la puissance créative, autant que du renouvellement constant et vital de la pensée de la relation de l’œuvre aux publics, de la place de l’«art» dans la société, comme pilier essentiel de toute démocratie.

Avec l’arrivée d’un·e nouvel·le artiste ou d’artistes à la tête d’un CDN, c’est tout le projet d’une maison qui prend une nouvelle direction. C’est dans ce sens que nous entendons le mot direction : l’artiste qui arrive à la tête d’un lieu lui donne une nouvelle orientation à suivre, à inventer. Les équipes permanentes en place nourrissent ce nouveau projet de leur expertise du territoire et de leur expérience dans cette maison. C’est de cette rencontre que naît l’aventure sans cesse renouvelée des CDN sur les territoires. C’est cette rencontre qui fait de chaque aventure de CDN une aventure singulière, jamais répétée, qui se nourrit de l’histoire – immédiate et fondatrice – de chaque lieu.

AU CDN D’ORLÉANS…


En janvier 2017, à l’arrivée de sa nouvelle directrice Séverine Chavrier, le CDN Orléans / Centre-Val de Loire met en place un dispositif expérimental et évolutif au croisement de la formation professionnelle et de la résidence d’artiste. Il invite ainsi deux jeunes créatrices, Louise Sari, récemment diplômée de l’ENSATT, scénographe, plasticienne, graphiste, et Marie Fortuit, ancienne footballeuse de haut niveau, metteuse en scène, comédienne, performeuse, sur le temps long du premier mandat, à s’impliquer régulièrement dans l’activité générale du lieu, en les associant étroitement et de manière décloisonnée à toutes les missions menées par l’équipe, tout en leur permettant de développer leur propres projets artistiques en parallèle.
Ces résidences au long cours ancrées sur le territoire et dans l’actualité quotidienne du CDN sont pensées comme de véritables compagnonnages artistiques permettant à de jeunes artistes de se former à tous les métiers du théâtre et de mieux appréhender le secteur de la création et tous ses paramètres. Elles évoluent au gré des envies, en fonction des besoins et urgences de chacun, permettant aux jeunes artistes accueillis d’expérimenter des pratiques nouvelles et diversifiées sans obligation de résultat.
Dans ce contexte, Louise Sari est devenue référente de l’atelier « Habiter le théâtre » initié par le CDNO et proposé aux étudiants de l’École d’Art d’Orléans sur l’année scolaire 2017-18, les invitant à repenser le théâtre comme lieu de vie et à réinventer ses usages. Elle a été invitée avec son collectif artistique Foule Complexe lors des « Grands Ateliers de Janvier 2018 » pour construire avec des étudiants plasticiens une installation éphémère destinée à créer un espace de convivialité dans le hall du théâtre pendant « les Voyages d’hiver ». Elle anime également des ateliers de scénographie à destination des collégiens en Classe Aménagée Théâtre et crée régulièrement des installations éphémères pour le public dans le cadre de soirées organisées par le CDNO. Elle intervient directement à différents postes, comme assistante à la mise en scène, scénographe, régisseuse plateau, vidéaste sur certaines créations de Séverine Chavrier. Enfin elle intervient sur certains éléments de communication du CDNO en tant que graphiste. Par son talent et sa force créatrice, elle s’est révélée extrêmement motrice dans la vie du CDN et dans son articulation avec l’équipe technique de la Scène nationale. Elle donne tout son sens à cette association au sortir de l’école d’un artiste à une structure comme la nôtre, lieu de formation et d’expérimentations de toutes sortes.
Marie Fortuit intervient régulièrement auprès de l’équipe de relations publiques du CDNO pour des actions de médiation auprès des étudiants et sur le territoire ; elle assiste l’équipe pour la préparation des présentations de saison et anime un atelier d’un semestre avec des étudiants orléanais de UE Théâtre. Elle est également assistante à la mise en scène de certains projets de Séverine Chavrier et développe aussi ses propres créations, dans le cadre de résidences accueillies au CDN. Pour Marie Fortuit, être associée sur ces résidences longues, c’est aussi partager un travail et un regard artistique avec l’artiste directrice, approfondir son langage et ses méthodes, des manières de faire.

La limitation des mandats de direction dans la durée (4+3+3 ans) permet un renouvellement régulier des directions. Ces directions à durée limitée ont favorisé l’ouverture des CDN à des artistes venant de milieux différents, ayant des parcours moins institutionnalisés, plus singuliers, d’âges, de sexe, d’origines différentes. Des directrices et directeurs artistes qui se vivent alors comme des passeur·euse·s et des passant·e·s, et non comme des patron·ne·s à vie. Ainsi, bien qu’ils orientent en profondeur toute la vie d’un lieu sur un temps donné, les projets artistiques des directions ne le scellent pas dans un temps indéfini.

Tout en donnant le temps nécessaire au développement d’un projet, ces mandats limités conduisent naturellement les CDN à repenser sans cesse leur fonctionnement et leur organisation. Ce faisant ils sont devenus des lieux d’expérimentation permanente, porteurs de projets novateurs et singuliers, mais aussi des outils performants, souples, à la pointe souvent de la modernité, notamment en termes d’organisation du travail.

 

AU TNB…


L’arrivée d’Arthur Nauzyciel en 2017 donne l’impulsion à un nouveau projet pour le TNB, fondé sur le tryptique « Partager, Transmettre, Rencontrer », auquel sont associés 16 artistes, un chercheur et un responsable pédagogique, dont les identités multiples aident à déplacer le TNB vers de larges imaginaires : Jean-Pierre Baro, Julie Duclos, Vincent Macaigne, Guillaume Vincent, Damien Jalet, Sidi Larbi Cherkaoui, Gisèle Vienne, Mohamed El Khatib, Phia Ménard, Marie Darrieussecq, Yannick Haenel, Valérie Mréjen, M/M (Paris), Xavier Veilhan, Albin de la Simone, Keren Ann, Patrick Boucheron et Laurent Poitrenaux.
Tout en s’appuyant sur le théâtre de texte, ce nouveau projet invite à décloisonner les disciplines (théâtre, danse, musique, arts plastiques, cinéma) en incitant le spectateur à circuler de l’une à l’autre, dans la conscience des enjeux esthétiques contemporains. Le cinéma y a sa place : faisant partie intégrante de la saison, sa programmation est désormais pensée en écho aux autres propositions artistiques.
Imaginé comme le précipité de ce nouveau projet, le Festival TNB, durant 3 week-ends de novembre, s’ancre dans le désir de construire un lien durable avec le public, tout en déplaçant le TNB vers des territoires artistiques aussi éclectiques que novateurs. La transmission et la formation sont au cœur d’un projet ouvert sur la ville, par le biais d’actions artistiques mais aussi de nombreux partenariats avec les acteurs culturels du territoire. De même l’accompagnement des compagnies indépendantes, les résidences, le soutien à l’émergence, participent du désir d’inscrire une démarche artistique dans la durée et de participer à la construction du paysage théâtral de demain. Avec l’arrivée de sa dixième promotion, à la rentrée 2018, l’École du TNB est forte d’une vision renouvelée, impulsée par Arthur Nauzyciel et Laurent Poitrenaux, responsable pédagogique associé. Conçu autour d’un groupe d’artistes et chercheurs, ce projet permettra au TNB de développer une formation de l’acteur pluridisciplinaire et ouverte sur l’international. ▪

Ici, nous réinventons et expérimentons sans cesse des types de fonctionnements, des modèles d’entreprises, des modèles de management, des modèles de service, des modes de relation aux publics qui ne soient ni client·e·s, ni patient·e·s, ni consommateur·rice·s, mais partenaires et acteur·rice·s de la vie même de nos lieux. Ces expériences, conduites sur plusieurs années partout sur le territoire français, dessinent des nouvelles formes d’organisation du travail, des relations sans cesse repensées et renouvelées des œuvres avec les territoires et les publics.

AU THÉÂTRE DIJON BOURGOGNE…


Le Théâtre Dijon Bourgogne a commencé à expérimenter en 2014 un dispositif d’insertion professionnelle à destination des jeunes comédien.ne.s issu.e.s des Écoles supérieures d’Art dramatique. Engagé.e.s en contrat de professionnalisation pour une durée d’un an, ces jeunes artistes participent aux créations portées par le centre dramatique.
Leur présence au sein du TDB a notamment rendu possible le développement d’un répertoire de formes légères à jouer « partout », et a permis la mise en place d’un important programme d’itinérance en milieu scolaire. Chaque saison, près d’une centaine de représentations sont ainsi proposées dans les lycées de la métropole dijonnaise et de la région Bourgogne-Franche-Comté. Présentées en classe sur le temps scolaire, « gratuites, laïques et obligatoires », ces représentations veulent être une contribution à l’éducation politique de la jeunesse, autant qu’une contribution à la découverte de l’art théâtral.
Parallèlement à cette pratique d’un art d’intervention léger, ces jeunes comédien.ne.s participent également aux créations de plateau du directeur ou des artistes associées du CDN. Elles-Ils sont aussi invité.e.s à suivre les formations dispensées au TDB dans le cadre du Pôle de ressources en éducation artistique et culturelle.
La variété de ces expériences constitue un apprentissage irremplaçable des réalité du métier de comédien.ne dans la décentralisation théâtrale. ▪

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