Association des Centres dramatiques nationaux

Association des Centres dramatiques nationaux - L'ACDN coordonne le réseau des 38 Centres dramatiques nationaux

Théâtre des 13 vents

Domaine de Grammont

Avenue Albert Einstein

34965 Montpellier Cedex 2

Tél. : 04 67 99 25 25


13vents.fr

Le projet

Il y a un autre monde mais il est dans celui-ci.1

Ici, il y a un lieu.

Un lieu où, certains matins, on croise des chevaux, des jeunes mariés en train de répéter, des apprentis footballeurs. Il y a des bâtiments de pierre épaisse, des vestiges viticoles, de larges cours et de larges ciels, une chapelle, des arbres sous la lumière, des bancs sous les arbres. Il y a des salles, des outils, des foyers, des ateliers et encore des salles.

Ici, il y a un théâtre.

Des gens y travaillent, certains depuis sa naissance, certains depuis peu, certains y ont pratiqué plusieurs métiers, connu plusieurs époques, se sont parfois sentis isolés ou encore — orgueil gaulois — irréductibles à Rome. Les souvenirs nourrissent les récits, les traces de lutte se lisent sur les murs. Pourtant, au bout des vieilles passions, leur est resté un amour profond, hospitalier, pour ce lieu, pour ce théâtre, pour ce travail. Un amour étrange, immodéré, sans nostalgie et sans rancœur, un amour étrangement intact, étrangement intègre.

Quand on est idiot, on voit d’abord cet amour-là — l’idiotie a des avantages que n’ont pas le cynisme et la naïveté.

Il faut être idiot pour faire du théâtre. Les acteurs le savent, qui font l’habit pour faire le moine. Il faut être idiot pour lutter contre la prose du monde. Pour lui arracher un poème. Et pour lutter, en scène, avec ce poème. Pour lutter, comme le font les acteurs avec leurs premiers partenaires : le public, l’espace, le temps. Et y tracer des diagonales inaperçues, des sensibilités inouïes. Les acteurs, ces sujets d’expé­rience, ces arpenteurs des possibilités humaines, savent que les pièces ne sont pas des objets, mais des champs de bataille.

Il faut être idiot pour faire du théâtre, pour s’attarder à aiguiser une œuvre, à partager une contradiction, à converser, à tenir la porte ouverte à tous les vents, à tous les gens. Surtout dans ce monde-ci. Car au travail de l’art comme aux autres, le monde livre aujourd’hui les mêmes conseils : « produisez plus » (si possible avec moins), « allez loin » (sur votre jambe restante), « brillez vite » (sans assurer le début d’une flamme).

Quand on arrive ici, on se dit qu’un autre temps aurait lieu d’être. Un autre temps qui ne serait pas le passé (dont les conservateurs déplorent la perte), qui ne serait pas non plus le futur (dont les promoteurs anticipent les bénéfices), mais un « autre » présent, « autre » seulement de s’éprouver à contre-courant des lames de fond de l’immédiateté.

C’est le temps que réclame toute création, toute pensée, tout partage.

« Ce qui est fou, dans les films de Kurosawa — mais c’est pareil chez Dostoïevski —, c’est que dans l’urgence de la situation, malgré l’urgence même de la situation, tout à coup les personnages s’arrêtent ou bifurquent pour parler, parce qu’une question est là, plus importante : qu’est-ce que ça veut dire être un samouraï ? Qu’est-ce qu’on fait aujourd’hui quand on est un samouraï ? »2

Ce qui serait fou, c’est que dans l’urgence de la situation, malgré l’urgence même de la situation, tout à coup les gens bifurquent ou s’arrêtent pour parler, parce qu’une question est là, plus importante : qu’est-ce que c’est aujourd’hui un théâtre ? Qu’est-ce que c’est un Centre Dramatique National ? Qu’est-ce que c’est une institution ? Qu’est-ce que ça pourrait être, une institution, sous l’hypothèse d’un « autre » temps ? À quoi l’idiot répond : il y a une autre institution, mais elle est dans celle-ci. Ce qu’il faut, c’est employer nos forces, à l’échelle de l’art, modeste et radicale, à transformer des rapports.

Alors, on a fait les idiots. On a creusé au pied de la lettre, pour en tirer des plans et des conséquences.

Les CDN, avant même d’être ainsi baptisés, avant même d’être pensés comme des théâtres dirigés par des artistes, sont nés d’aventures de troupes qui vivaient et travaillaient sur un territoire.

Partons de ça. Depuis dix ans, c’est en troupe que nous éprouvons la pensée collective d’un répertoire et d’une décision, que nous prenons les chemins qui nous semblent les plus justes, que nous aiguisons, pièce après pièce, des poèmes pour notre temps. C’est donc en troupe que nous arriverons ici. Combien serons-nous à vivre et travailler sur ledit territoire ? On lève la main. Huit, dont quatre acteurs. C’est un début. Ce sera la Troupe Associée.

Cédric Michel,
Florian Onnéin,
Conchita Paz,
Charly Totterwitz

Les CDN, en plus d’être des lieux de création pour les artistes-directeurs, doivent associer au minimum deux artistes, dont ils soutiendront au long cours le travail. D’accord. Nous avons des numéros. Appelons des artistes et des chercheurs, d’ici et d’ailleurs, des femmes et des hommes qui soient, chacun à leur façon, des lutteurs. Expliquons-leur l’hypothèse : être à nos côtés pour travailler, créer, questionner nos pratiques respectives, imaginer ce que peut être, pour aujourd’hui, un lieu de théâtre. On verra qui dit quoi. L’un d’eux répond : « En fait, vous ne nous demandez pas de venir prendre une part du gâteau, mais une part de responsabilité ». On n’aurait pas mieux dit. Ce sera l’Ensemble Associé.

Marie Lamachère (Montpellier),
Dieudonné Niangouna (Paris),
Emma Dante (Palerme),
Omar Abi Azar, Zoukak Theater Company (Beyrouth),
Mylène Benoît (Lille)
et Olivier Neveux (Lyon)

Les CDN, dans leur politique de programmation, privilégieront au maximum les représentations en série, afin d’assurer la présence permanente des artistes sur le territoire. Bien. D’octobre à mai, il y a huit mois. Huit mois, huit chapitres. Chaque mois, on accueillera une ou deux équipes artistiques, avec une ou deux pièces, pour deux semaines de représentations, mais les équipes pourront rester plus longtemps, travailler sur ledit territoire, rencontrer les gens. Chaque mois se construira avec les artistes et à partir d’une idée, la saison se déclinera ainsi en chapitres ou en blocs de sens, ce ne sera pas une programmation, ce sera un Programme.

Les CDN sont des outils de création et de formation. Disposant d’espaces et d’ateliers correspondant aux divers métiers et savoir-faire du théâtre, il entre dans leur mission de service public de partager cet outil, et d’en faire bénéficier les équipes professionnelles en région. Très bien. Au CDN, il y a un atelier décors, un atelier costumes, un atelier numérique, un atelier son. On y ajoutera un atelier des auteurs, un atelier des acteurs, un atelier audiovisuel, et on les rassemblera sur le même site, à Grammont. En permanence, des artistes y créeront, des auteurs y écriront, des résidences s’y feront, des formations et des stages s’y donneront et les équipes en région y accèderont en priorité en demandant un Studio Libre. Ce sera la Fabrique.

Quoi d’autre, qui ne serait pas dans les textes ?

Ce que nous attendons d’un CDN.

Que l’espace du théâtre ne se limite pas au théâtre, que le théâtre se mette hors de lui, qu’il fasse du théâtre hors du théâtre, qu’il sache se déplacer autant qu’accueillir. Ce sera L’Itinérance, avec pour sa première saison, deux pièces de la Troupe Associée, par les villes et les villages, dans les salles des fêtes ou les salles de classe.

Qu’il permette aux artistes et au public de partager un chemin de pensée, de converser, de se confronter à d’autres pratiques ou d’autres œuvres. Ce seront les journées Qui Vive ! conçues chaque mois avec les artistes accueillis, un programme impromptu décidé au gré de l’actualité du théâtre (de qui s’y trouve) et du monde (de ce qui s’y passe).

Qu’il ravive l’ancienne fraternité entre l’écriture théâtrale et l’écriture poétique. Ce seront les soirées Poésie ! conduites par Félix Jousserand. Chaque mois un poète sera invité à lire ses œuvres dans un lieu de la ville et à partager une scène ouverte avec d’autres auteurs.

Qu’il travaille à défaire la distinction bien établie entre le « savant » et le « populaire », entre les transformations du monde et celles du théâtre, qu’il ouvre un espace pour la recherche et la pensée. Ce sera le séminaire mensuel d’Olivier Neveux : « Passages Secrets ».

Qu’il ouvre des voies vers d’autres pays, d’autres situations historiques et politiques, qu’il permette aux artistes de mettre en discussion les questions qui traversent la pratique de leur art. Ce seront, chaque année, les Rencontres des Arts de la Scène en Méditerranée.

Et puisque le théâtre, par moments, se déplacera lui aussi, preuve sera faite qu’un chemin, quand les pas s’y attardent, se creuse en tous sens.

Bienvenue à tous.

Nathalie Garraud
Olivier Saccomano

1 Annie Lebrun citant Paul Éluard
2 Gilles Deleuze commentant Les Sept Samouraïs d’Akira Kurosawa

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Direction (depuis 2018)

Olivier Saccomano - auteur

Olivier Saccomano est né en 1972 en banlieue parisienne. Après des études de philosophie, il fonde en 1998 à Marseille la compagnie Théâtre de la Peste, au sein de laquelle il met en scène une dizaine de spectacles, adaptés de textes de Brecht, Sophocle, Kafka, Duras, Darwich, Dostoievski : C’est bien c’est mal, Le monde était-il renversé ?, Thèbes et ailleurs, Confessions de Stavroguine, et expérimente une forme théâtrale légère, Les Études, qui lie l’idée d’œuvre à celle d’exercice : Monk alone / Étude n°1 à partir de « Thelonious himself » de Monk), Le Bruit de la mer / Étude n°2 à partir de lettres de Marguerite Duras), Le Poème de Beyrouth / Étude n°3 à partir du poème de Mahmoud Darwich, Évocation / Étude n°4 à partir de l’œuvre de John Cage.

De 2000 à 2013, il enseigne au département Théâtre d’Aix-Marseille Université, où il assure des cours théoriques et pratiques. Il y coordonne les Ateliers de Recherche Théâtrale, réunissant des théoriciens et des praticiens autour du thème « La parole et l’action dans les écritures dites post-dramatiques ». Lors de ces ateliers, il rencontre Nathalie Garraud, puis rejoint la compagnie du Zieu en 2006. Ils travaillent ensemble à la conception de cycles de création, au sein desquels il se consacre à l’écriture : Notre jeunesse (2013), Othello, variation pour trois acteurs (2014), Soudain la nuit (2015), L’Instant décisif (2016), À Mains levées (2017). Il a parfois répondu à des commandes d’écritures, pour le CDN de Montluçon avec une pièce pour lycéens (Diogène, 2014) et pour Olivier Coulon-Jablonka dans le cadre du Festival Odyssée en Yvelines (Trois songes, un procès de Socrate, 2016).

Parallèlement, il poursuit ses recherches philosophiques et publie des textes théoriques. Il est notamment l’auteur d’une thèse de philosophie intitulée Le Théâtre comme pensée (2016), publiée, comme les textes des pièces, aux Éditions Les Solitaires Intempestifs.

 

Nathalie Garraud- metteure en scène

Nathalie Garraud est née en 1977 à Carcassone. Après une formation d’actrice, elle crée la compagnie du Zieu en 1998 à Paris. Il s’agit d’abord d’un espace d’expérimentation sur les écritures contemporaines où se croisent de jeunes auteurs, des acteurs, des architectes, notamment dans le cadre d’un festival qu’elle crée à l’École Spéciale d’Architecture : Vues d’Ici – scénographie d’un lieu (1999-2001). Entre 2003 et 2005, elle travaille régulièrement dans les camps de réfugiés palestiniens du Liban, où elle crée notamment Les Enfants d’Edward Bond. Après cette expérience marquante, elle crée en France Les Européens d’Howard Barker, mise en scène qui signe la structuration professionnelle de la compagnie en 2005.

En 2006, elle rencontre Olivier Saccomano, avec qui elle codirigera désormais la compagnie. Ils conçoivent ensemble des cycles de création, dont elle signe les mises en scène : Ismène d’après Eschyle et Sophocle, Ursule d’Howard Barker et Victoria de Félix Jousserand (cycle Les Suppliantes), Les Études et Notre jeunesse d’Olivier Saccomano (cycle C’est bien c’est mal), L’Avantage du printemps, Othello, variation pour trois acteurs et Soudain la nuit d’Olivier Saccomano (cycle Spectres de l’Europe), pièces présentées au Festival d’Avignon en 2014 et 2015. En 2017, ils débutent un nouveau cycle de création, La Beauté du geste, en trois épisodes (L’Instant décisif, À mains levées, L’Angle mort) qui s’achèvera en 2019. En 2018, elle met en scène Ce qui gronde monologue d’Enzo Cormann.

Parallèlement, Nathalie Garraud continue à mener des projets de coopération et de formation en France et à l’étranger : un compagnonnage avec le collectif Zoukak à Beyrouth (depuis 2006), des productions étudiantes à Aix Marseille Université (2011) et à l’Université Paul Valéry Montpellier 3 (2017, 2018), un laboratoire de création avec des acteurs italiens dans le cadre du projet européen Cities on Stage (2012) ou encore une création pour le projet de coopération internationale STAMBA en Irak (2013).

 

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